De
la culture du pastel
Choix du terrain
On
doit apporter la plus grande attention à la qualité de
la terre destinée à être semée en pastel.
Les terres grasses et fertiles, au premier et second degré, et
les terres maigres et sablonneuses ne doivent pas être semées
en pastel. Dans les premières, la plante serait vigoureuse, ses
feuilles pleines de suc, mais peu pourvues de principe colorant. Dans
les secondes, les plantes seraient faibles, sans vigueur, et le peu
de feuilles qu'on récolterait seraient altérées
par les parties terreuses et sablonneuses dont elles se chargeraient,
ce qui diminuerait la qualité du pastel, et tromperait également
le teinturier et le cultivateur. L'Empire français est si étendu,
qu'on ne peut généraliser les mêmes préceptes
pour la culture d'une plante dont la qualité varie selon la différence
du climat. J'ai donc traduit et extrait différents traités
sur la culture du pastel, écrits en anglais et en italien. La
température de l'Angleterre se rapprochant de celle du département
du Calvados et de la Belgique, où l'on sème de la guesde,
du pastel, et celle de l'Italie de celle des départements méridionaux
de l'Empire français, j'ai dû faire marcher de front leurs
préceptes avec ceux que j'ai pu trouver dans les auteurs français,
et les renseignements que j'ai reçu du ci-devant Languedoc.
D'après les observations faites dans l'Albigeois, dans le Laugarais,
en Angleterre, à Florence et dans l'Italie, en Allemagne, on
doit préférer pour la culture du pastel les terres de
bonne qualité, mêlées de petits gravier et de petites
pierres calcaires, ayant de la profondeur, parce que la racine du pastel
pivote ; il faut que ces terres soient exposées au soleil et
dépourvues d'arbres. Si la couche inférieure était
d'un sable noir, susceptible de recevoir l'humidité sans la conserver
trop fortement, le pastel y réussirait à merveille. Dans
les pays chauds, comme à Rieti, Citta di Castello, Burgo di San
Sepolcro, on choisit des terres qui, aux qualités ci-dessus exigées,
réunissent celles d'être placées de manière
à recevoir abondamment ces rossées des nuits d'été,
si abondantes et nécessaires dans les pays où il pleut
rarement. Dans le département du Calvados et en Angleterre, on
cultive le pastel dans des lieux exposés aux vapeurs qui s'élèvent
de la mer.
Les défricheurs des pacages et des prairies artificielles, dans
les terres qui réunissent les qualités ci-dessus exigées,
sont très propres à la culture du pastel.
En Angleterre, une race d'hommes, qu'on appelle guesdiers ou woadmen,
s'est consacrée de temps immémorial à la culture
du pastel. N'ayant point de domicile fixe, ils s'arrêtent avec
leurs familles dans les pays où ils trouvent de vieux pacages
à défricher, ou des terres propres à produire du
pastel ; ils les afferment pour deux ans ou deux récoltes de
pastel. Cette culture est florissante en Angleterre, malgré la
concurrence des indigos des Deux-Indes, parce que le pastel y est non
seulement employé à la teinture, mais aussi comme mordant
pour l'impression des toiles, usage auquel, jusqu'à présent
on ne l'a pas employé en France. On ne doit jamais semer le pastel
dans des terres compactes et froides, et qui retiennent l'humidité
; le pastel ne saurait y prospérer.
Si on veut semer le pastel sur une terre où il existait un vieux
pacage ou une prairie artificielle, il faut la défricher au mois
de novembre, faire des sillons très profonds, ayant soin de tenir
les mottes de gazon enterrées pour les faire pourrir. Certains
cultivateurs préfèrent écobuer la terre et brûler
les gazons. Toutes terres destinées au pastel, doivent être
labourées cinq fois. On doit en retirer avec soin toutes les
mottes de gazon et les racines non consommées, y passer la herse
au moins deux fois, et l'ameublir comme une terre de jardin. On enterre
ordinairement la semence avec la herse.
Précautions
à prendre pour semer le pastel
On
sème le pastel de deux manières, à la volée,
assez épais, sur des planches de quatre pieds de large, séparées
par des rigoles, pour faire écouler les eaux, ou en plaçant
les graines sur deux rangs, comme on sème les épinards.
On ne doit pas semer sur trois rangs, parce que l'on a observé
que les feuilles des plantes du milieu, n'ayant pas assez d'air et de
nourriture, s'étiolent, et donnent peu ou pas de récolte.
On garde de la graine en réserve, qu'on sème dans de petits
trous, pour remplacer celle qui n'est pas née.
On distingue deux espèces de graines de pastel, l'une violette,
l'autre jaune : on doit préférer la première, la
seconde ne produisant qu'un pastel de qualité inférieure,
appelé pastel bour ou bourdaigne ; ses feuilles velues se chargent
de terre, et altèrent entièrement la qualité et
le poids de la pâte de pastel où elles sont mêlées.
Pour obtenir cette graine, après la seconde récolte de
la seconde année, on ne retranche point les feuilles aux plantes
destinées pour graine ; elles poussent des tiges élevées
qui portent des fleurs jaunes, la graine qu'elles produisent n'est mûre
qu'au mois de juin suivant. On connaît sa maturité quand
elle noircit et tombe d'elle-même.
On retire la meilleure graine de Rieti, sur les confins de l'Abbruzze
; c'est le seul pays où le pastel, cultivé de temps immémorial,
n'a jamais dégénéré ; à Citta di
Castello et à Borgo di san Sepolcro, où cette culture
est très importante, on se sert de la graine de Rieti.
Le temps de la semence du pastel est ordinairement au commencement de
février, en Angleterre ; et dans le midi de la France, en Italie,
à la fin de la lune de mars et en automne ; Miller propose de
la semer à la fin d'août : toutes ces différences
de procéder tiennent à celles des climats.
On sème le guado ou pastel en Italie sur la fin de l'automne
ou au commencement du printemps, on le cultive dans les plaines, sur
un terrain léger, mais gras et profond.
En Piémont, dans la commune de Quiers, département du
Pô, et à Castelnaro di Serivia, dans le département
de Maringo, on sème le guado ou pastel dans un terrain fort compact,
et d'une couleur rougeâtre. Le pastel de Quiers est le meilleur
du Piémont ; celui qu'on a cultivé à Yvrée,
dans le département de la Doire, n'a donné qu'une couleur
faible, et l'indigo obtenu était d'une couleur pâle, et
sans solidité. On prépare pendant l'été
la terre destinée au pastel, en lui donnant deux labours profonds
avec la charrue ; on la fume avec du fumier de bêtes à
cornes : celui du cheval ou du mulet est trop ardent. Sur la fin d'octobre
on laboure encore la terre en approfondissant les sillons ; la terre
à coté des sillons doit avoir douze pouces de largeur
sur 10 de profondeur, élevée insensiblement vers le milieu
pour l'écoulement des eaux dans les sillons. Vers la mi-septembre
on ensemence le guado comme le froment ; pour chaque hectare on sème
9 à 10 décalitres de graines.
Quand on sème le guado au printemps, il faut attendre la fin
de la lune de mars.
A Rome, pour chaque rubbio de terre, il faut un rubbio de et demi de
semence : le rubbio est de 37500 palmes carrées, et donne environ
300 quintaux de feuilles de pastel.
En Angleterre, 4 pintes de graines suffisent pour un âcre qui
contient 720 pieds de roi sur 72 de large.
Si on semait le pastel dans le midi de la France aussi tard qu'en Italie,
sa végétation étant plus lente, on ne pourrait
point ramasser les feuilles dans les jours les plus chauds de l'année,
les plus propres à les sécher et à leur faire ressuer
une espèce d'humidité qui altérerait la couleur
du pastel et nuirait à sa conservation. Si on le semait dans
la campagne de Rome au commencement de février, il serait mûr
avant l'époque nécessaire à sa préparation.
Miller a réussi en le semant en Angleterre à la fin du
mois d'août, parce que dans cette saison il y a des pluies régulières
qui n'ont pas lieu dans le midi de la France, où ordinairement
le mois d'août ou de septembre sont de la plus grande aridité.
Cette observation démontre le danger des principes généraux
en agriculture ; aussi ai-je eu soin de rapporter dans cette notice
les procédés que l'on emploie dans les différents
pays où l'on cultive le pastel.
Le pastel naît plus ou moins promptement, en général
au bout de 10 à 12 jours ; les uns mettent la graine à
détremper dans l'eau la veille du jour où on doit la semer
; d'autres la jettent sur la neige, qui en fondant, enterre la graine
du pastel ; d'autres sèment avant une petite pluie.
Sarclage
du pastel
Le
pastel, dans les premiers jours, a l'apparence de la cynoglose ; mais
au bout d'un mois ou 6 semaines il a acquis de la force et de la vigueur
; il jette 5 ou 65 feuilles qui s'élèvent, c'est alors
le temps de le sarcler à la main et d'arracher les plantes parasites,
les pieds du pastel trop multipliés, et surtout le pastel bourdaigne,
dont le mélange, comme nous l'avons dit, serait funeste à
la pâte du vrai pastel.
Quand on a sarclé le pastel, on travaille la terre et on chausse
le pastel avec de la terre meuble, afin que ses racines puissent participer
aux influences salutaires de l'atmosphère. On répète
cette opération aussi souvent qu'il est possible jusqu'à
la récolte, et on arrachera avec soin tous les rejetons de pastel
que les racines blessées par la pointe de l'outil auraient pu
produire.
En semant le pastel comme des épinards, selon le procédé
de Miller, on le sarcle plus facilement ; on diminue le nombre des pieds,
de manière à ne pas les laisser vis-à-vis l'un
de l'autre, et d'établir entre chaque pied une distance de 6
à 8 pouces. En diminuant le nombre des pieds, on ne diminue pas
la récolte, parce que les plantes ayant plus d'espace entre elles,
donnent des feuilles en plus grand nombre et plus fortes, que ne le
feraient plusieurs plantes réunies qui languissent faute d'air
et de nourriture.
On doit répéter ces sarclages aussi longtemps qu'on pourra,
jusqu'à 10 ou 12 jours avant la récolte.
De
la récolte du pastel
On
doit veiller avec soin l'époque de la maturité du pastel,
c'est de cette vigilance que dépend le succès de cette
culture. Ceux qui désireraient fabriquer le meilleur pastel,
ne devraient pas faire la récolte le même jour, parce que
les feuilles supérieures n'ont pas acquis autant de maturité
que celles inférieures. En mûrissant, ces feuilles s'affaissent.
Je dis qu'on doit saisir exactement le point de la maturité,
parce que si on attend trop longtemps, les feuilles se chargent de taches
jaunes, qui prouvent que la qualité de leur suc est altérée
et qu'il a perdu son principe colorant.
Les signes de la maturité varient comme les climats des pays
où l'on cultive le pastel.
En Angleterre et dans les pays du Nord, on reconnaît la maturité
du pastel, quand sa feuille affaissée est dans toute sa largeur,
et que sa couleur vert-bleuâtre se change en vert pâle.
Dans la Thuringe, à l'affaissement des feuilles du pastel et
à leur odeur forte et pénétrante.
En Toscane, on met une feuille de pastel dans un linge ; on l'exprime
fortement, on examine si elle donne beaucoup de suc, et quelle est sa
couleur.
Dans la campagne de Rome, on reconnaît que la feuille est mûre
quand elle commence à blanchir.
Dans le midi de la France, ce signe serait trompeur ; car la feuille
du pastel ne blanchit que lorsqu'elle a été surprise par
le brouillard. On reconnaît sa maturité à une nuance
violette qui se manifeste sur les bords de la feuille, après
qu'elle s'est affaissée.
On ramasse le pastel à la main, comme des épinards, ayant
soin de ne pas blesser le collet de la racine qui doit donner de nouvelles
feuilles. On doit faire cette opération par un temps serein,
et avec un soleil assez fort pour faire rendre aux feuilles exposées
à son action une humidité nuisible à la fabrication
et à la conservation du pastel. Il faut avoir l'attention de
séparer les feuilles des plantes étrangères, et
surtout du pastel bourdaigne, qui aurait échappé au sarclage,
et les feuilles de véritable pastel altérées par
le brouillard, ou qui auraient des taches jaunes.
La chaleur plus ou moins forte de la saison décide de l'intervalle
qui a lieu entre les différentes récoltes ; elle est ordinairement
de 30 à 35 jours. On a soin après la récolte de
biner la terre auprès des pieds de pastel, et de sarcler exactement.
On peut faire trois récoltes de pastel de bonne qualité.
En Toscane, la troisième est la plus estimée. La quatrième
récolte est inférieure en qualité, et on doit la
mettre à part. C'est ce qu'on appelait autrefois marochin ou
le petit pastel, dont les règlements interdisaient le mélange
avec le produit des récoltes précédentes.
Dans le midi de la France et en Italie, on ramasse la feuille du pastel
après le mois de septembre et jusqu'à la fin de novembre
: cette feuille paraît vigoureuse ; mais étant arrosée
par les pluies froides de la saison, l'humidité surabondante
altère sa substance. Si on tâte une feuille de pastel ramassée
pendant l'été, on la trouve gonflée et pleine de
suc ; celle de l'automne est flasque, ne résiste point à
la pression. La pâte de pastel que l'on fabrique avec ces dernières
feuilles est pleine de filaments et de parties fibreuses. Il existe
même des cultivateurs qui, à la dernière année
de la récolte du pastel, joignent à ces feuilles le collet
de la racine, avec la terre qui l'accompagne, et portent le tout au
moulin.
Cette fraude due à la mauvaise foi et à l'avidité
du cultivateur, mérite toute l'animadversion des lois, parce
qu'en trompant le consommateur, en lui vendant une pâte sans principe
colorant, ils portent un coup funeste à la réputation
et à la culture d'une plante aussi précieuse que le pastel.
Des paysans de la Lusace viennent dans la Thuringe faire la récolte
du pastel ; chaque troupe a un chef qui la dirige d'après des
lois particulières, sanctionnées par les électeurs
de Saxe. Les ouvriers se partagent le champ en portions égales,
et récoltent le pastel en appuyant le genou à terre. Après
la récolte, les chefs rassemblent les ouvriers dans les hôtelleries,
où est arboré un drapeau où sont peints les attributs
de leur profession, les payent ou passent avec eux trois ou quatre jours
en fêtes et réjouissances.
Dans la Thuringe, on porte les feuilles du pastel récolté
dans un ruisseau d'eau claire, où on les lave en les remuant
avec des râteaux ; on place ensuite ces feuilles sur des chariots
construits de manière à laisser égoutter l'eau,
et on les porte dans des prairies, où on les étend et
on les fane de la même manière que le foin, mais avec précaution
; trop sèches, le propriétaire éprouverait une
grande perte ; trop humides, les parties fibreuses ne s'écraseraient
pas sous les moulins, et ne se réduiraient point en poudre, ce
qui diminuerait la qualité et le prix du pastel. On a besoin
d'écarter les vers de terre et autres insectes, qui sont très
friands de la feuille de pastel.
On défriche le pastel en Angleterre après les deux premières
récoltes de la seconde année, en laissant par intervalles
des pieds de pastel ; on sème le blé sur ce terrain. Après
la récolte du blé, les pieds de pastel isolés poussent
vivement et donnent beaucoup de graines : on a recueilli par are jusqu'à
33 hectolitres.
Préparation de la pâte du Pastel
Lorsqu'on
a ramassé les feuilles du pastel avec les précautions
ci-dessus recommandées, on les porte au moulin de pastel, qui
sont semblables à ceux où on fait l'huile de noix, et
dont par conséquent il est inutile de donner la description.
La préparation du pastel date de la plus haute antiquité,
et n'a jamais varié ; elle consiste en différents procédés,
qui tendent tous à dégager des principes qui l'enveloppent,
la couleur bleue qui existe dans le pastel, par une suite de fermentation
plus ou moins forte : la même routine a toujours dirigé
ces opérations ; aussi ont-elles été toujours les
mêmes dans tous les pays différents où l'on cultive
le pastel.
On broie les feuilles sous la meule, et on forme des masses, qui dans
le midi de la France, ont depuis trois jusqu'à cinq pieds de
longueur. En Italie, on les fait un peu fourchues en dos d'âne.
On laisse ces masses à l'air et au soleil fermenter pendant deux
jours, après lequel temps on les repaîtrit. On a le soin
dans les intervalles d'unir la croûte supérieure, de la
mouiller avec de l'urine, ou du suc de pastel qui a été
exprimé sous la meule, ou avec de l'eau ; on a soin de fermer
exactement les fentes, parce que la fermentation intérieure diminuerait,
et qu'il se formerait des vers qui détruiraient le pastel.
On laisse ces masses ainsi exposées à l'air nuit et jour
; s'il pleut, on les couvre ; on en fait de même si le soleil
est trop ardent. Au bout d'un mois on porte ces masses au moulin, où
on les passe encore sous la meule, et on en forme, sur un moule en bois
creusé en forme conique, des pains coniques de cinq pouces de
diamètre sur dix de hauteur, pesant ordinairement trois livres.
Dans le midi de la France, ils ne pèsent qu'une livre ; on les
nomme coques, mot du pays qui veut dire gâteaux. On les place
sur des claies élevées de trois pieds au-dessus du sol,
dans un lieu sec et aéré. Les bonnes pelotes ou coques
se distinguent, parce qu'elles ont l'intérieur violet et une
odeur assez agréable. Celles qui sont altérées,
parce que le pastel a été cueilli pendant la pluie, ont
l'intérieur d'une couleur terreuse et une mauvaise odeur ; les
éventées et les pourries ont perdu leur substance et sont
légères ; c'est là que finissent les travaux du
cultivateur, quand ces cônes sont secs, il les vend à la
fin de décembre au négociant en gros, qui doit leur faire
subir une nouvelle fermentation avant de les livrer aux teinturiers.
Pour faire cette dernière opération, il est nécessaire
de travailler sur une très grande quantité de pastel ;
Astruc indique cent milliers de pelotes pesant une livre chacune ; les
agronomes italiens n'indiquent pas la quantité.
La fermentation augmentant de force, en raison de la masse des matières
qui y sont exposées, la nouvelle fermentation que subit le pastel
achève d'en perfectionner la pâte.
On porte les pains coniques ou coques dans un magasin assez grand pour
en contenir une double quantité, afin de pouvoir faire les opérations
subséquentes.
On brise ces pains à coups de hache, et on place les débris
en lits de trois à quatre pieds de haut, ayant une légère
inclinaison. On jette sur ces lits ainsi disposés, de l'eau en
suffisante quantité, ou du vin, bon ou mauvais, pourvu qu'il
ne soit pas aigre ; car le vinaigre arrêterait la fermentation
et détruirait la couleur ; d'autres y jettent ce qui coule du
marc de vendange.
L'expérience apprend la quantité de liquide qu'il faut
jeter pour exciter la fermentation ; elle donne une chaleur égale
à celle de la chaux en pierre que l'on éteint. Cette fermentation
extraordinaire achève de détruire les parties étrangères
qui altéreraient la couleur bleue du pastel, et l'empêcheraient
de se dégager.
Au bout de huit jours, on renverse ces tas et on les arranges de nouveau,
de manière à placer au-dessous du tas le pastel qui était
au-dessus du premier : on les arrose de nouveau pour exciter la même
fermentation ; cinq ou six jours après, on le défait de
nouveau, et on le remue tous les jours pendant un mois ; ensuite, d'un
jour entre autres, on met plus de distance entre ces opérations,
jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que le pastel est entièrement
refroidi : il est alors propre à l'usage des teinturiers ; si
on le garde en magasin, il faut le remuer de temps en temps, comme on
le fait pour le blé. Le pastel, en vieillissant, augmente de
qualité, parce que la fermentation insensible a débarrassé
la partie colorante des principes étrangers dont elle était
enveloppée.
" Le bon pastel augmente toujours de force et de substance pendant
six et sept, voire jusqu'à dix ans, s'il est du meilleur. "
(Instruction sur les teintures).
Le pastel dans cet état est livré aux teinturiers ; c'est
avec ce pastel qu'ils montent ce qu'on appelle la cuve de pastel, dont
la conduite exige les talents d'un véritable guesderon, et l'explication
des phénomènes qu'elle présente, les connaissances
les plus étendues.
Il existe cependant en France des cultivateurs qui ont de tous les temps
cultivé le pastel, et qui, sans aucune connaissance préliminaire
de la teinture, teignent avec ses feuilles les étoffes grossières
qu'ils tissent avec la laine de leurs troupeaux.
Les paysans de l'île de Corfou cultivent le pastel sur des terrains
fertiles et pas trop compacts, ou dans des pacages nouvellement défrichés
; ils l'appellent vati (teinture, parce qu'ils l'emploient pour teindre
les étoffes destinées à leur usage et à
celui de leurs femmes.
Le procédé qu'ils suivent est d'autant plus intéressant
à connaître, qu'il fournira les moyens à nos cultivateurs
les frais énormes que leur coûte la teintures de leurs
étoffes grossières ; elles absorbent beaucoup de matières
colorantes, et le prix des teintures et apprêts en excède
la valeur. Le riche pourra rechercher les nuances les plus vives, les
plus chères, mais le pauvre aura sa teinture qu'il pourra faire
auprès de son modeste foyer. Je tiens ce procédé
de mon estimable collègue M. Botta, membre du Corps législatif,
Médecin de première classe de l'armée d'Italie,
entre autres de l'Histoire naturelle et médicale de Corfou, imprimée
en l'an 7, à Milan.
Quand la plante est en fleur au mois de juin, les cultivateurs de Corfou
coupent les feuilles ; ils ôtent avec soin les tiges et les côtes
de la feuille. On pile les feuilles, ainsi tirées, dans un mortier,
ou on les écrase entre deux pierres bien unies ; on fait sécher
cette pâte avec précaution au soleil, et chaque ménage
en garde sa provision.
Quand ils veulent teindre les serges qu'ils fabriquent avec la laine
de leurs troupeaux, ils mettent cette pâte dans un baquet, et
l'arrosent avec de l'eau ; peu à peu le mélange s'échauffe
et fermente vivement ; ils y ajoutent peu à peu de l'eau et de
la lessive de cendres, mais faible. Plus forte, elle détruirait
le tissu de la laine ; la fermentation augmente au point que la dissolution
acquiert tous les caractères de la putréfaction ; elle
exhale une odeur infecte, et, si on la laisse reposer, il s'y engendre
des vers. L'expérience a appris que c'était le moment
où la teinture a le plus de force. On plonge dans cette dissolution
les étoffes que l'on veut teindre ; on les y laisse huit jours,
pour leur donner le temps de prendre une couleur égale. Elles
prennent une couleur bleu turquin qui ne change jamais. Cette couleur
est, pour les paysannes de l'île, un objet de luxe, à cause
du prix du pastel qui vaut 5 F argent de France, par mesure de trente
livres pesant.
Ce procédé nous offre plusieurs circonstances intéressantes
; la première, c'est le retranchement des parties fibreuses des
feuilles de pastel ; la seconde, c'est l'emploi de la lessive alcaline,
pour dégager la couleur : nos teinturiers emploient la chaux
éteinte en poudre ; la troisième, c'est qu'à Corfou,
on saisit le moment où la dissolution du pastel est presque en
putréfaction pour teindre les serges, tandis que lorsque les
cuves de pastel avec indigo, ont cette odeur nauséabonde, elles
ne donnent plus de fleurée, ni de couleur ; elles sont ce qu'on
appelle rebutées, et on ne peut les guérir qu'en y jetant
de la chaux en poudre, qui arrête la putréfaction, et rétablit
le dégagement du principe colorant ; la quatrième, c'est
la teinture des étoffes sans avoir été dégraissées.
Les expériences de M. Rouart ont démontré que la
laine en suint, non seulement acquérait une très belle
couleur bleue, mais qu'elle conservait beaucoup plus de douceur au toucher
que la même laine dégraissée teinte dans la même
cuve.
En suivant cette méthode, on pourrait teindre les draps pour
habiller les troupes en bleu très foncé, sans employer
de l'indigo ; il s'agirait seulement de teindre le drap qui aurait le
pied de bleu, du seul pastel dans un bouillon de bois de campêche
et de sulfate de cuivre et alun sur lequel on verserait de la dissolution
d'étain. Ce moyen a été employé en grand,
en 1793 et les années suivantes, pour teindre en bleu de roi
foncé des draps qui avaient eu un pied de bleu céleste
un peu foncé à la cuve de pastel indigo ; non seulement
cette couleur est solide et ne déteint point, mais elle pénètre
l'intérieur du drap qui ne conserve point la tranche blanche,
comme le font les draps teints en pièce. On les dégorgeait
ensuite au foulon. Il en a été teint de cette manière
de mille ou quinze cents pièces, et il n'y a jamais eu de plainte
sur leur usage ; la couleur n'avait pas la vivacité et le brillant
de celle obtenue par la cuve de pastel et indigo, mais l'intérieur
du drap étant pénétré, le drap ne blanchissait
jamais par l'usage, comme il arrive aux draps teints en pièce,
qui ont conservé la tranche blanche dans l'intérieur.
De
l'extraction de l'indigo contenu dans le pastel.
Le
but de cette notice est non seulement de réunir dans un seul
corps toutes les méthodes de culture et de préparation
du pastel, dispersées dans plusieurs traités d'agriculture
écrits dans diverses langues, mais aussi de donner aux propriétaires
les moyens d'abandonner l'ancienne méthode de fermentation du
pastel, pour en retirer à moins de frais, et plus promptement,
la fécule colorante ou indigo qui est disséminé
dans toutes ses parties. En conséquence, je vais rapporter non
seulement les expériences et procédés d'Astruc,
de Dambourney et de Gréenne qui ont tous retiré de l'indigo
du pastel, mais aussi les moyens dont on se sert à Malte et en
Asie, pour retirer l'indigo de l'anil indigofère. En calculant
ces différents procédés et la différence
des climats, un observateur habile pourra en trouver un nouveau plus
approprié à notre culture et à nos moyens. Alors
les vues élevées et bienfaisantes e l'Empereur des Français
seront remplies, et nous n'irons plus acheter aux nations étrangères
une drogue de teinture si nécessaire à notre industrie,
que notre sol pourra nous fournir.
L'avantage des propriétaires se trouvera réuni à
celui de l'Etat, puisqu'en retirant l'indigo du pastel, ils doubleront
leur revenu. L'indigo étant nécessaire à tous les
genres de teinture, sa vente sera indéfinie et assurée,
tandis que celle du pastel est nécessairement bornée aux
besoins des guesderons, teinturiers en laine.
Il est aisé de démontrer l'augmentation du revenu des
propriétaires ; il faut au moins cinq quintaux de pastel en herbe
pour produire un quintal de pastel en coques. D'un quintal de pastel
inférieur, sous un ciel d'une température inégale
et variée, Gréenne a obtenu deux livres d'indigo ; sous
le beau ciel du Languedoc, traitant un pastel supérieur en qualité,
on doit obtenir au moins le même résultat. Le quintal de
pastel en coque se vend 22 francs ; neuf livres d'indigo retirées
de cinq quintaux de pastel en herbe, équivalent à un quintal
de coques, vaudront au moins 6 F la livre, c'est à dire 45 F
en temps de paix, et en l'occurrence avec l'indigo étranger :
dans les circonstances actuelles, le produit de cette vente serait double,
et les revenus des propriétaires quadruples.
Lorsque l'on propose une méthode nouvelle qui doit en remplacer
une consacrée par vingt siècles de succès constant
et uniforme, il faut démontrer non seulement son avantage, mais
sa possibilité ; peut-être même existera-t-il des
personnes qui, poussant au-delà de ses bornes la sage défiance
que l'on doit avoir des nouveautés, nieront l'existence de l'indigo
dans le pastel recueilli en France. Pour détruire leurs doutes,
je rapporterai ici le résultat de l'analyse comparative faite
par M. Chevreuil, de l'anil indigo et du pastel Isatis, né et
recueilli à Paris. L'humidité du climat détruisant
la fécule colorante, tandis que la chaleur l'exalte et l'augmente,
l'existence de l'indigo dans le pastel récolté à
Paris, prouvera au-delà de l'évidence l'avantage que l'on
aura à l'extraire du pastel de l'ancien Lauraguais.
M. Chevreuil analysa l'isatis et l'indigo anil ; il trouva dans ces
deux plantes une matière animale, une verte, de la cire et l'indigo
; il le trouva dans le pastel existant également dans le suc,
dans la matière verte et dans la partie fibreuse ; mais cette
substance colorante ne paraît, comme dans l'anil, que lorsque
la fermentation la sépare des principes étrangers qui
l'enveloppent.
Le savant Astruc, né dans le Languedoc, a pressenti l'avantage
que pourrait retirer un jour sa patrie de l'extraction de l'indigo du
pastel ; il nous annonce qu'il avait réussi à en retirer
une fécule bleue abondante ; il fit des expériences sur
cet indigo, qui lui donnèrent les plus heureux résultats.
Il pense qu'en préparant le pastel comme l'indigo, les couleurs
que l'on en obtiendrait, réuniraient le brillant éclat
et la vivacité des couleurs de l'indigo ordinaire, à la
solidité et à l'assurance du pastel.
Hellot, à qui nous devons un excellent " Traité sur
la teinture des laines ", a invité les chimistes à
s'occuper de cette extraction ; et Dambourney, auteur de tant d'expériences
intéressantes sur les teintures obtenues de plantes indigènes,
a répondu à son appel. Il plaça dans un baquet
à moitié rempli d'eau, trente livres de guesde fraîche,
pastel de la Normandie ; par la fermentation, il en obtint huit onces
d'indigo : les fermentations s'opérant sur les plus grandes masses
avec plus de perfection que sur les petites, il n'est pas douteux que
si Dambourney avait opéré sur une masse de guesde plus
considérable, il aurait obtenu proportionnellement une plus grande
quantité d'indigo.
Dambourney, après avoir renoncé à l'usage de prussiate
de potasse pour la précipitation, a employé, comme les
habitants de Corfou, la lessive de potasse ; s'il avait employé
comme eux cette lessive faible, au lieu d'employer la potasse caustique,
il aurait obtenu une plus grande quantité d'indigo, parce que
dans l'état de division où se trouvait l'indigo, il a
dû être dissous facilement par la potasse caustique ; l'expérience
lui apprit qu'il ne fallait employer la potasse qu'au moment où
la fermentation était développée et la liqueur
bien colorée, autrement la potasse arrêtait la fermentation,
les feuilles se pourrissaient sans donner un atome d'indigo.
Dambourney essaya cet indigo dans une cuve de guesderon ; il le fit
dissoudre par l'acide sulfurique : ces différentes dissolutions
donnèrent aux étoffes de laine une belle couleur bleue
de la plus grande solidité.
Dambourney n'a pas essayé de précipiter la fécule
colorante de l'isatis par l'eau de chaux : c'est ce qu'a fait avec succès
M.Gréene, qui avait établi en Allemagne une fabrique d'indigo
retiré du pastel. Nous allons copier son procédé.
On prend des feuilles fraîches de pastel qu'on lave dans une cuve
de forme oblongue remplie à peu près aux trois quarts.
Pour éviter que les feuilles ne surnagent, on assujettit des
pièces de bois en travers ; on verse sur ces feuilles assez d'eau
pure pour les recouvrir entièrement, et on place le vase à
une chaleur tempérée. Il se forme, suivant la température
de l'atmosphère, en plus ou en moins de temps, une écume
copieuse à la surface de l'eau, qui indique le commencement de
la fermentation ; la surface se couvre peu à peu en entier d'une
peau bleue qui présente à l'il des nuances de couleur
de cuivre. Lorsqu'il y a une certaine quantité de cette écume,
on soutire la liqueur, qui se trouve teinte en vert foncé, dans
une autre cuve oblongue, par un robinet placé immédiatement
au-dessus de son fond, ou bien l'on puise l'eau pour la mettre dans
l'autre cuve. Dans l'un et l'autre cas, il est nécessaire de
faire couler l'eau par une toile dans l'autre vase, pour séparer
les ordures ou les petites portions de feuilles qui pourraient passer
; on lave les feuilles avec un peu d'eau froide pour en détacher
les portions de peau colorée qui pourraient s'y être attachées,
et l'on mêle cette eau de lavage avec celle qu'on a soutirée
; cela fait, on verse dans la liqueur de pastel fermentée de
l'eau de chaux à raison de deux ou trois livres sur dix livres
de feuilles, et l'on agite fortement pendant quelques temps cette liqueur,
pour faciliter la séparation de l'indigo qui se dépose
par le repos.
Pour savoir si on a continué pendant assez de temps l'agitation,
on prend une portion de la liqueur jaunâtre claire dans une bouteille
ordinaire, et on essaie si, en l'agitant fortement, il se sépare
encore du bleur, et dans ce cas on agite encore la liqueur. Lorsqu'enfin
tout l'indigo s'est séparé et s'est déposé,
on soutire l'eau claire par un robinet placé à quelque
distance au-dessus du fond de la cuve ou au moyen du siphon, ce qu'on
doit faire sans perdre de temps.
Pour faciliter la séparation de l'eau, on peut incliner la cuve
du côté du robinet, dès qu'on a cessé de
remuer l'eau. On verse la couleur bleue qui reste, dans des filtres
coniques de toile de lin ou dans des chausses d'Hippocrate ; mais comme
dans le commencement il passe toujours de la couleur, on doit la recevoir
dans un vase qu'on place dessous, et la réserver dans le filtre
jusqu'à ce que l'eau en soit claire. On édulcore l'indigo
contenu dans les filtres avec une suffisante quantité d'eau,
et on le fait sécher à l'ombre ou à une légère
chaleur artificielle, ayant soin de le couvrir.
On obtient de l'indigo sans l'addition de l'eau de chaux, mais beaucoup
moins. Si on ajoute une plus grande quantité d'eau de chaux,
on augmente, il est vrai, la quantité de l'indigo, mais il devient
d'une qualité inférieure, parce que le superflu de la
terre calcaire s'unit à l'indigo. Les sels alcalis facilitent
aussi la séparation de la couleur bleue ; mais il n'est pas avantageux
de les employer, parce qu'ensuite ils en dissolvent une partie. Par
l'addition d'un acide il ne fait point précipité.
Il faut qu'il s'écoule un certain temps avant de pouvoir soutirer
l'eau qui a fermenté avec les feuilles de pastel : si on la soutire
trop tôt, on n'obtient que peu d'indigo ; si, au contraire, on
laisse les feuilles trop longtemps en infusion avec l'eau, elles entrent
facilement en putréfaction en répandant une odeur putride
et volatile qui leur est propre, et dès lors on en peut plus
séparer de précipité, et l'eau reste constamment
verte. Il en est de même de l'eau soutirée, si on l'abandonne
; et même lorsque l'indigo s'est déjà séparé
de la liqueur, on doit éviter que cette dernière entre
en putréfaction, si l'on ne veut pas perdre l'indigo entièrement
ou en moins en partie. On ne doit cependant pas trop se hâter
de faire passer l'eau dans la cuve, ou on doit l'agiter à la
première apparence de peau bleue, puisque c'est dans ce moment
que l'eau se charge de plus d'indigo. Quand le degré de la chaleur
de l'atmosphère est considérable, la fermentation s'établit
très promptement, et souvent quinze à dix-huit heures
suffisent. C'est alors surtout qu'il faut être attentif pour ne
pas la laisser passer à une putréfaction totale. Si la
chaleur de l'atmosphère est trop faible, on n'aperçoit
ni beaucoup d'écume ni pellicule bleue, mais la liqueur penche
insensiblement à la putréfaction, sans présenter
des phénomènes bien marqués avant qu'elle commence.
Les plantes pelées ou leur suc entrent plus vite en fermentation,
mais elles ne fournissent qu'un bleu sale.
Il faut sécher à l'ombre l'indigo tiré du pastel,
parce que le soleil détruit sa couleur.
M.Gréene a réussi à retirer l'indigo dans l'Autriche,
où les chaleurs pendant l'été ne sont pas aussi
constantes que celles du midi de l'Empire. Il avait à craindre
que la fermentation s'arrêtât au moment de sa plus grande
force, à cause des variations continuelles de l'atmosphère.
Dans le midi de l'Empire, depuis le mois de juin jusqu'au milieu du
mois d'août, des nuages, des brouillards, voilent rarement l'astre
du jour ; les chaleurs constantes qui y règnent sont aussi favorables
à la fermentation, qu'elles sont fatigantes pour les habitants.
Dans ces trois mois, la température est ordinairement de 18 à
25 et 28 degrés de Réaumur. Pendant la nuit, le thermomètre
marque 12, 14, 18 et même 20 degrés. Ce sont ces époques
que l'on doit choisir pour faire fermenter le pastel, qui est alors
au moment de sa maturité. Nul doute alors de la réussite
de l'extraction de l'indigo, et les habitants du midi de l'Empire auront
sur ceux de l'Allemagne l'avantage inappréciable d'employer un
isatis, plus abondant en indigo, sous une température constamment
favorable aux opérations nécessaires pour l'obtenir.
L'isatis contenant les mêmes principes que l'indigo, une matière
verte, une matière animale, de la cire, etc., j'ai pensé
que les procédés employés dans les Deux-Indes et
à Malte pour retirer l'indigo de l'anil, pourraient être
applicables à l'extraction de l'indigo du pastel, en subissant
des modifications appropriées aux localités. Je vais donc
les rapporter.
Le premier est usité dans l'île de Java pour extraire l'indigo.
S'il pouvait s'appliquer à l'exploitation de l'Italie, sa simplicité
le mettrait à portée de tous les cultivateurs. Je l'ai
extrait et traduit de l'excellent journal, intitulé Annual Register.
Dans une rigole de 20 à 30 pieds de long et 18 pouces de profondeur,
on pose des pots de terre que l'on remplit de feuilles d'anil et d'eau.
On fait bouillir le tout jusqu'à ce que l'eau soit chargée
entièrement de la partie colorante ; on filtre cette dissolution,
et on la verse dans une grande jarre que l'on remplit jusqu'aux deux
tiers. On agite alors la liqueur pendant trois quarts d'heure, donnant
un mouvement très rapide à un bambou disposé en
forme de moussoir, jusqu'à ce que la granulation s'opère.
On dissout dans l'eau de la terre rouge en petite quantité, et
on verse cette dissolution précipitante dans la jarre ; le lendemain
matin, on trouve la fécule bleue précipitée au
fond de la jarre sur une épaisseur de cinq pouces. On retire
l'eau par des trous placés à différentes hauteurs
; on met la fécule dans de petits sacs, et on la fait sécher
à l'ombre.
Le second procédé est employé à Malte pour
extraire l'indigo d'un anil dont la culture y a été introduite
par les Arabes.
Manière
de faire l'indigo à Malte
On
met la plante en presse dans une longue cuve, au moyen de plusieurs
pierres dont on a la charge ; on verse par-dessus une grande quantité
d'eau qu'on laisse pendant quelques jours, jusqu'à ce qu'elle
soit chargée de toute la couleur de la substance de la plante.
On verse alors cette eau dans une autre cuve ronde, au fond de laquelle
est pratiquée une autre cuve plus petite. On agite fortement
l'eau avec des bâtons, jusqu'à ce que la substance épaisse
dont elle était surchargée soit tombée au fond.
On retire ensuite cette substance, qui est la fécule, pour l'étendre
sur des toiles et la faire sécher au soleil ; lorsqu'elle a commencé
à y durcir, on la réduit en pâte ou en forme de
petits pains, et on achève de la faire durcir sur du sable ;
toute autre manière pourrait absorber ou altérer la couleur
; et si l'on était surpris par la pluie pendant qu'on la fait
sécher, elle perdrait aussi toute sa couleur.